Aller au contenu



Photo

Cr Stage Wudemen Bruxelles 22-23 Mars


  • Veuillez vous connecter pour répondre
Aucune réponse à ce sujet

#1 Gombro

Gombro

Posté 24 avril 2017 - 15:00

Après le systema, que je continue quand je peux (trop rarement), nouveau compte-rendu sur mes escapades hors de ma zone de confort aïkido  :heureux: .

 

Ceux qui lisent le forum Kwoon connaissent sûrement ; pour les autres, Wudemen, c'est Olivier Boutonnet, universitaire spécialiste de la Chine et héritier d'une lignée de Taizu, un AMC du Sud du pays (je ne m'avance pas plus, je n'y connais que pouic en la matière). Il propose dans ses stages des approches de son art applicatives orientées self-defense. Olivier est aussi formateur pour des publics, disons, spécialisés (très très parfois :sarcastique: ) et il a un solide vécu de videur. Bref, quelqu'un qui connaît son affaire et qui parle d'expérience des choses brutales de ce monde, tout en étant un puits de savoir sur la (les) philosophies et sagesses orientales. Le bonhomme est lui-même impressionnant, un mélange de type super sympa et de grizzly. Il faut l'entendre crier, grogner et se transformer en bête sauvage en une demi-seconde quand il se lâche : tétanisant.

 

Le public : une douzaine de personnes, beaucoup venant du systema (un des organisateurs étant instructeur), d'autres de chinoiseries diverses, et deux-trois aikidokas.

 

Je ne rentrerai pas dans les détails de ce que nous avons fait. Une partie est d'ailleurs censée rester confidentielle. L'intitulé du stage était "Principes dynamiques du combat couteaux/mains nues". Le propos d'Olivier est de proposer des outils, ce qu'il appelle aussi des "protocoles". Protocoles tirés de son expérience, et de comment il s'est sorti de certaines situations. Charge à chacun de prendre, de laisser, de réfléchir à la pertinence de ce qui est proposé par rapport à sa propre pratique ou ses objectifs. Ainsi, pas de techniques à proprement parler. Mais plutôt une réflexion globale sur les points cruciaux à prendre en compte dans une dynamique d'affrontement réaliste, notamment dans le cas le plus dangereux : face à un couteau.

 

Ce n'était pas le propos du stage, mais, bien sûr, le tout s'inscrit dans une optique de protection personnelle où l'évitement doit être avant tout privilégié. Olivier propose ainsi en introduction une réflexion sur l'éthique de la violence, à savoir le point que tout un chacun devrait faire sur les situations où il jugerait nécessaire de "tout risquer", l'engagement dans un affrontement physique devant être soigneusement pesé. Réflexion qui doit être menée "à froid", en amont, au risque de rester dans l'indécision en cas de situation chaude, et de poser les mauvais gestes ou de prendre les mauvaises décisions, dommageables pour soi ou les autres.

 

Qu'est-ce qui est intéressant du point de vue de l'aïkido dans tout ça ?

 

Déjà, il est toujours bon (à mon avis), de se frotter à des cadres de pratiques, disons, plus réalistes que le nôtre. Tout le stage fut très intense, physiquement et émotionnellement, les échanges que nous avons eus se faisant souvent avec une pleine agressivité et à vitesse normale. Bien sûr, on le sait mais c'est bien de se faire des piqûres de rappel, on perd très vite une bonne partie des ses moyens et de sa lucidité. Et pourtant il faut agir et déborder l'adversaire. Si possible en utilisant son bagage, tant qu'à faire. C'est là que l'on constate la valeur de l'axiome entendu souvent ici et ailleurs : seuls les principes comptent, les techniques, c'est totalement accessoire. Simplicité maximale obligatoire. Pas de pensées, ni d'hésitation. Il faut être là. Et, en somme, il ne doit pas y avoir de "combat", contrairement à ce que laisse entendre l'intitulé du stage... Ca devrait nous rappeler quelque chose !

 

Les principes : une façon de se déplacer, une façon de percevoir l'adversaire, une intention à la fois vide et explosive maintenue à l'intérieur, le sens du timing, et la mise en avant d'entrées les plus simples et polyvalentes possibles, qui permettent à la fois de protéger les zones vitales et de frapper, facilement intégrables, puissantes, et devant être définitives pour éviter le "à toi à moi", mortel lorsqu'une arme est en jeu. Je passe sur tous les aperçus "chinois" qu'il nous a expliqués, c'était passionnant, mais je ne maîtrise pas assez pour développer.

 

Rapidement pour le contenu : travail à deux sur des échanges mains nues/couteaux, de drills basiques jusqu'à des attaques pleine puissance, avec un focus sur les attaques les plus répandues et ou dangereuses au couteau (machine à coudre).

 

Pour ma part, cela m'a confirmé, si besoin était, l'importance fondamentale du irimi/atemi de notre pratique. Il est absolument impossible, et je pèse mes mots, de faire fonctionner quoi que ce soit de notre cursus sans l'intégration et le développement de ce principe central. Le reste, c'est la cerise sur le gâteau, si tout va bien... Donc, pour moi, c'est clair : toute forme d'aïkido sans atemis est une coquille vide sous l'angle martial (je précise) (car l'aïkido a plein d'autres vertus, je n'en disconviens pas :clindoeil: ).

 

Mais ce principe d'entrer/frapper doit malgré tout être adapté, car il est trop à l'état d'épure dans le cursus pour être vraiment safe face des attaques réalistes et a fortiori armées (on se rend compte là du côté kamikaze de la chose, qui ne m'étonne pas tellement au fond :tresheureux: , et qui m'a valu quelques déconvenues). C'est d'ailleurs une des leçons : nous travaillons une sorte d'épure d'art martial. Avec les avantages et les inconvénients que cela présente : notre art en est très polyvalent et synthétique, simple, mais, selon nos objectifs et la situation, on ne peut pas le prendre au pied la lettre, en quelque sorte. Il faut creuser au-delà des formes, voire adapter.

 

Évidemment, le travail au tanto paraît bien léger léger, notamment parce qu'il fonctionne sur des attaques qu'Olivier catégorise dans celles utilisées par des gens qui ne savent pas se servir d'un couteau... Et aussi parce qu'en aïkido, des parties vitales sont trop exposées par notre garde hanmi (fémorale notamment). Donc, le tanto, c'est un outil pédagogique avant tout, c'est bien comme ça, il faut juste le rappeler encore et encore au cas où...

 

Je prends à nouveau conscience que l'aïkido reste quand même une formidable boîte à outils, sous-exploitée. Qui porte son âge aussi, venu d'une autre époque avec d'autres réalités. Cependant tant de choses sont implicites si on fouille un peu. Et de prendre le recul via le genre de pratique que propose Olivier permet de mieux voir cette potentialité (pour ceux que cette direction intéresse). Mais cela demande beaucoup d'entraînement - que je ne suis moi-même pas forcément prêt à faire d'ailleurs. Un entraînement avant tout... mental. Et d'aller sur des terrains un peu challenge pour nous, comme ce type de stage. On en sort heureux mais un peu cabossé vu l'engagement demandé.

 

Pour conclure en vrac, beaucoup d'autres échos au fil du week-end : bouger le corps comme un tout, favoriser le relâchement et la structure, la mobilité, la déstructuration, prendre le dessus sans laisser une situation se développer, etc. La force physique pouvant parfois être un atout, mais certainement pas décisif, et notamment face à une arme. J'ai noté aussi la non-contradiction entre enracinement et déplacement rapide et léger.

 

Voilà, une formidable expérience, avec des propositions où se mêlent idéalement une approche de la plus grande violence dans un esprit qui condense et met en œuvre un bon paquet de principes philosophiques orientaux : non-agir, esprit vide, Yin/Yang, etc. Très complet, donc, et à des années-lumière de la bête brutalité proposée par trop de cours de (soi-disant) self-defense. 


Modifié par Gombro, 24 avril 2017 - 15:22.





0 utilisateur(s) li(sen)t ce sujet

0 membre(s), 0 invité(s), 0 utilisateur(s) anonyme(s)