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Pourquoi J'aime Chuter


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12 réponses à ce sujet

#1 jdmichat

jdmichat
  • VillePrès de Lyon

Posté 24 juin 2017 - 20:04

Allez, c'est soir de littérature...

 

PROGRES
J'aime chuter car l'ukemi est pour moi le témoin le plus « pur » de mon niveau réel.
En tant que Seme, il m'arrive de travailler mes techniques à la maison puis de tenter le copié-collé
sur les tatamis... si mon Uke du jour est gentil/bienveillant/fatigué/...affligé (!), j'ai des fois la fausse
impression d'avoir progressé. Il n'y a à contrario jamais de fausse impression avec les chutes. Mon
cerveau peut contrôler une partie de mes quelques acquis techniques, mais il est totalement
inopérant sur mes ukemis. Harmonie, souplesse, engagement, timing, légèreté, bruit (!) mes chutes
sont le reflet le plus fidèle de ce qu'il reste quand je ne peux pas utiliser mes neurones. Je trouve que
les chutes sont le témoin sans fard de ce qu'est mon aïkido à l'intérieur. Ni plus, ni moins.
Je peux donc m'en servir de référence pour mesurer mes (éventuels) progrès.

 

RELACHEMENT
C'est un concept très dur à assimiler physiquement pour quelqu'un de tendu sur le plan musculaire.
Le corps à toujours envie de se raccrocher à ce dans quoi il a l'impression d'être un poil performant.
Là encore, pas de tricherie possible dans les chutes. C'est relâche ou rien. Des tensions ? ça claque ;
de la force ? ça bloque ; de l’apnée ? ça casse ; du faux ?ça se déconnecte.
Quel plaisir d'accepter de subir, quel plaisir de pouvoir s'abandonner, quel plaisir de sentir son corps
devenir (enfin!) léger...quel plaisir rare, mais ô combien précieux !
Une fois les rôles inversés, quel challenge et quelle leçon pour tenter de générer chez l'autre ce
même feeling.

 

ATTAQUE
J'aime avoir confiance en mes chutes car dans les bons jours, et face à un seme qui connaît son
affaire, je peux attaquer sans retenue, sans complaisance ou précaution, le plaisir simple d'une
attaque en pleine puissance, la dynamique d'une brutasse, l'engagement d'un demeuré...Ça fait du
bien des fois de pouvoir lâcher les chevaux et de réaliser que l'aïkido peut aussi satisfaire la part
d'énergie en nous qui n'est pas qu'harmonie, paix et amour...
Quel plaisir d'exprimer librement sa part de bêtise humaine en protégeant son intégrité !

 

HARMONIE
J'aime chuter car j'aime cette sensation de travailler avec l'autre. J'aime cette idée de projet
commun : travailler ensemble au développement de chacun. Je trouve aussi très gratifiant de mettre
sa technique de chute au service de l'autre. S'adapter en fonction des niveaux, des gabarits, des
énergies. Transformer un rôle à priori ingrat en quelque chose de beau par une pratique
« désintéressée ». Subir, servir des fois, s'investir pleinement dans ce rôle d'Uke, ça remet beaucoup
de belles choses en place. Chuter, c'est bon pour l'ego !

 

DOUCEUR
J'aime chuter car j'aime la sensation d'être vaincu par de la non-force. C'est particulièrement flagrant
face aux enfants, quand l'énergie d'une attaque est anéantie par un corps qui n'oppose rien d'autre
qu'un déplacement léger comme l'air. La chute est alors douce et sans heurts. Une attaque, même
adaptée et mesurée reste une attaque. Quel miracle qu'un simple contact, un simple changement de
temps ou d'espace de la part de l'autre puisse en un instant, un instant seulement, vider le corps de
toute agressivité pour conduire à une chute non dégradante.

 

SANTE
J'aime chuter aussi car c'est le plus sûr moyen de maintenir mon pauvre dos dans un état
acceptable...Ne pouvant raisonnablement pas passer ma vie chez mes vieux amis les kinés, la chute
est désormais une sorte d'auto-massage et de mouvement réparateur que mes vertèbres apprécient.
Ça n'a pas toujours été le cas, mais lorsque le lien avec la respiration s'est mis en place, mon corps à
un jour compris tout le bénéfice qu'il pouvait tirer de l'exercice. Chuter, c'est aujourd'hui le meilleur
moyen que j'ai d'éviter les blocages à répétition (même si c'est loin d'être gagné).

 

BEAUTE
L'esthétisme. Il y a enfin ce joli rêve de chuter harmonieusement, léger comme Calliste, fluide
comme Christian, volontaire comme Manu, puissant comme Antonio. Le pari est de taille, mais
l'enjeu est ô combien séduisant. Un bon chuteur, ça met quand même des étoiles plein les yeux.
Pour motiver petits et grands c'est imparable !
Reste à travailler et à chuter, chuter encore...
Merci à mes senseïs pour leur enseignement, leur patience et leur bienveillance.



#2 tenshi

tenshi

Posté 25 juin 2017 - 08:53

Bonjour jdmichat, belle apologie de la chute (ukemi). Je retrouve dans ce récit tout ce j'éprouve moi-même,

l'envie de donner pour recevoir sans pour autant en attendre en retour.

Oui chuter est, à mon sens, la partie la plus édifiante  de notre (mon) niveau de progression.

Remercions nos sensei et nos sempai pour tout ce qu'ils nous ont apporté.  :respect:  :respect:  :respect:



#3 Breeze

Breeze

Posté 25 juin 2017 - 21:34

Belle profession de foi, ceci dit sans aucune ironie. :clindoeil:

Je comprends d'autant mieux ton goût pour les chutes si pour toi (JDM), les chutes font office de thérapie pour ton dos.

 

Perso, en adepte pragmatique légèrement iconoclaste, je n'ai pas de plaisir (ni d'appréhension) particulier à chuter.

 

Pour moi, la chute n'est pas un but, c'est un outil.

 

C'est un moyen pour tori de pouvoir appliquer sans retenue ses techniques, et pour uke de se protéger.

 

J'essaie toujours d'adapter mon degré de résistance au niveau de mon tori, ce qui peut rendre mes chutes plus hasardeuses, car je ne les anticipe pas, ni ne les prépare, et si mon tori est d'un bon niveau, j'attends le dernier moment, inévitable, avant de partir en chute...

Je fais en sorte de ne chuter que si je ne peux pas faire autrement, à moins d'avoir affaire à un débutant (à qui j'offre le juste niveau de résistance qu'il peut gérer), ou à un pratiquant 'égotique', auquel cas, je chute automatiquement sans problème. :heureux:

 

Pour ceux qui me connaissent un peu, ce n'est pas un secret, même si nous pratiquons dans un cadre défini, que j'ai toujours recherché une intention martiale à ma pratique. Dans cette optique, je ne suis pas content quand je sens partir en chute mes partenaire sans nécessité impérative ; et j'ai toujours lutté contre les automatismes qui puissent faire qu'on accompagne la technique comme un ballet bien réglé. Mon style d'Aikido est certainement moins esthétique, et moins coulé qu'il ne pourrait l'être, mais c'est ainsi que je le souhaite. :heureux:


Ceci dit, je ne suis pas monolithique ni intransigeant, et j'offre à mon tori le genre d'Aikido qu'il souhaite ; en tant qu'uke, je suis à son service, et ce n'est pas à moi de décider à sa place de ce qu'il souhaite.

Même si, quand je suis face à un débutant, en tant que sampai, je peux être amené à, disons l'influencer ; mais je vois très vite s'il est approbateur ou pas, et en fonction, je continue, ou je m'en tiens au rôle de base.



#4 ged

ged

    Shihan de Lutin-do de niveau 2, topinambourovore repenti

Posté 25 juin 2017 - 23:32

Bon, je veux la même ordonnance que notre contributeur, cela semble être un bon cocktail.   :clown:

 

Sinon, un joli texte et un joli retour sur sa pratique.



#5 noumea

noumea
  • VilleGénissieux (26750)

Posté 03 juillet 2017 - 19:02

Merci pour ta littérature, intéressante.
Permets moi :
"ATTAQUE
J'aime avoir confiance en mes chutes car dans les bons jours, et face à un seme qui connaît son
affaire, je peux attaquer sans retenue, sans complaisance ou précaution"
c'est toi qui attaque tu es seme,et
celui qui fait la technique , Tori, est shite
du moins classiquement
Cordialement
Philippe


#6 Rain

Rain

Posté 04 juillet 2017 - 10:41

Chez les kobayashiste c'est plus complexe que ça : uke soku seme - seme soku uke. L'attaquant est seme quand il attaque et uke quand il subit. C'est complexe puisque les deux partenaires sont alternativement uke et seme. Donc en raccourcissant la pensée seme c'est celui qui fait la technique.

#7 noumea

noumea
  • VilleGénissieux (26750)

Posté 04 juillet 2017 - 11:36

 Pourquoi plus complexe ?

 Ailleurs c'est idem

 

 Seme attaque et quand il subit  la technique  réalisée par shite il devient uke.; ou mieux Aité

Alternativement les deux partenaires passent de Seme à Shite; au moment ou  il attaque par exemple shomen  il est seme , tori lui fait ikkyo en tant que shite et  seme la reçoit et devient uke.

 

"L'attaquant est seme quand il attaque et uke quand il subit."

D'accord avec toi , face à un Tori shite qui connait son affaire pour gérer son uke .

 

Quoique le vocabulaire c'est pour se comprendre et quand j'étais très jeune ( aujourd'hui 72ans) dans les stages de Kobayashi shihan accompagné de André Cognard shihan,

bien que non kobayashiste, je parvenais à..comprendre  la "complexité" :clown:  de votre pratique

cordialement


Modifié par noumea, 04 juillet 2017 - 11:38.


#8 Rain

Rain

Posté 04 juillet 2017 - 15:45

Dernièrement j'hésite souvent à poster parce j'essaie d'expliquer qq chose et j'ai l'impression qu'on me fait la leçon. Je disais plus complexe par rapport aux dénominations communes de uke et seme ou tori (que je n'utilise pas) qui quand on raccourcit le bigniou revient à dire que l'uke attaque et que tori fait la technique. Et si j'ai répondu c'est parce que justement classiquement chez nous les dénominations ne sont pas tori et très rarement shite. Et Au temps pour moi si j'ai vexé qui que soit en utilisant le mot "complexe"... je sors sur la pointe des pieds.

Modifié par Rain, 04 juillet 2017 - 15:49.


#9 Breeze

Breeze

Posté 04 juillet 2017 - 17:56

:ahuri: :perplexe: Pour ma part, je ne vois aucun souci ni difficulté.

 

Uniquement un mot différent pour désigner la même chose.

Chez les Kobayashistes, tori s'appelle seme, et uke est uke. Simple. :heureux:



#10 noumea

noumea
  • VilleGénissieux (26750)

Posté 05 juillet 2017 - 07:18

 Merci Breeze de cette précision.

Je vais me reporter à l'article du Aikido Dragon spécial n° 4, contenant un article de A Cognard shihan, et dans lequel il insiste sur le côte de shite.

".l'attaquant devenu uke.....qu'il soit vraiment uke dépendait de l'immédiateté  du contrôle appliqué par shité.....

.......C'est pourquoi il développait de l'autre côté, du côté de shité........

 

 Je n'avais pas compris que Tori s'appelle seme! :clown:

qui est alors shité? :heureux:


Modifié par noumea, 05 juillet 2017 - 07:19.


#11 Rain

Rain

Posté 05 juillet 2017 - 16:14

Pas de problème Nouméa - je comprends shite, aite, tori - je ne suis intervenue que parce que j'avais l'impression que tu corrigeais Jdmichat. Et personnellement je comprends très bien quand il utilise seme pour shite parce que je fais pareil. Ce n'est pas juste ? Tant pis. Je comprends ce qu'est être seme et uke sur un tatami et je rejoins totalement Jdmichat sur son amour de la chute. Je n'ai plus en tête la citation exacte mais selon les anciens Maitre Kobayashi disait : "l'expérience en aikido se mesure en heures de vol". Pour le reste les batailles sémantiques et tout un tas d'autres choses superficielles (y compris dans mon école) m'intéressent de moins en moins.

#12 kissaki

kissaki

    Predator

Posté 05 juillet 2017 - 17:59

:clindoeil:

 

 

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Mon blog: Sur les pas de mars
Mon dojo: Le Tesshinkan


#13 Breeze

Breeze

Posté 05 juillet 2017 - 23:16

 Merci Breeze de cette précision.

Je vais me reporter à l'article du Aikido Dragon spécial n° 4, contenant un article de A Cognard shihan, et dans lequel il insiste sur le côte de shite.

".l'attaquant devenu uke.....qu'il soit vraiment uke dépendait de l'immédiateté  du contrôle appliqué par shité.....

.......C'est pourquoi il développait de l'autre côté, du côté de shité........

 

 Je n'avais pas compris que Tori s'appelle seme! :clown:

qui est alors shité? :heureux:

 

Non, Nouméa, il ne faut pas me remercier : tu n'as pas besoin de moi pour savoir ce qu'il en est. :respect:

Je ne m'adressais pas à toi (ni à Rain), c'était plutôt une pensée 'à voix haute'.

D'autant que j'ai dit une bêtise, c'était tellement simple que j'ai fait un lapsus. :honteux:

Seme est celui qui attaque, c'est donc un uke potentiel.

Et shite est un tori, comme tu sais. :clindoeil:

 

A vrai dire, je n'ai jamais utilisé que uke et tori comme termes hors tatamis (puisque sur tatamis, pas besoin de mots, chacun sait ce qu'il est).

Pour me faire pardonner, voici à l'intention des lecteurs le vocabulaire dédié aux rôles :

  • UKE vient du verbe Ukeru = recevoir
  • AITE est à la fois partenaire et adversaire
  • SEME est celui qui attaque
  • TORI est celui qui prend
  • SHITE est celui qui fait
  • NAGE est celui qui projette





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